Évènements de l'ACF Vd 

18 octobre 2019  – Perpignan – 

Soirée préparatoire 

Jouissance féminine...

    « Je dédie ce livre à la mémoire de Nelly Arcan », écrit Camille Laurens en refermant son roman "Celle que vous croyez". Nelly Arcan était une écrivaine québécoise.

Elle est le nom de plume d’Isabelle Fortier. Nous pourrions écrire Isabelle Fortier

née le 5 mars 1973 à Lac-Mégantic au Québec et Nelly Arcan décédée le 24 septembre 2009 à Montréal. Car, peu d’oeuvres ont autant associé l’écrit et son auteur. Que Nelly nous parle à la première personne de l’enfance 1 d’Isabelle, et de la marchandisation du corps de Cynthia, car tel était son nom d’emprunt lorsqu’elle recevait ses clients, qu’elle utilise essentiellement le tutoiement en écrivant à son amant pour lui dire ce qui la rend folle2, qu’elle utilise la narration à la troisième personne dans son troisième roman 3 « A ciel ouvert » pour parler de Julie qui voit la réalité humaine 4 ou de Rose qui la montre ; Nelly nous entretient toujours de sa difficulté d’être là. Elle laisse à Antoinette Beauchamp, l’héroïne de son roman posthume 5 "Paradis clef en main", le soin de nous illustrer sa sortie.

     Chez Nelly, le mal de vivre s’alimente de l’énigme que constitue le désir de

l’Autre. La petite Isabelle, peut-être trop tôt consciente que tout est semblant, se verra confrontée à cet impossible du rapport sexuel. Sa "souplesse infinie" comme elle qualifie sa façon d’y faire avec le désir de l’homme, n’y palliera point.

     La menace du « laisser en plan »6 toujours plus présente, l’accapare, elle qui a

si bien su en parler. Tout au long de ses écrits, Nelly nous invite à la rencontre de ce qui fait mystère, mystère du féminin et au-delà énigme de la trace qu'une parole laisse sur le corps. Corps sans cesse remodelé au figuré comme au réel. Le corps déshabité de la putain dont il ne reste que le déshabillé, le corps matriciel enveloppé de la robe de chambre maternelle, le corps honteux pris dans sa robe de chair.7

     L’écriture de Nelly Arcan interroge la jouissance féminine « pas toute » prise

dans la fonction phallique. Pour Lacan la jouissance féminine s’éprouve à l’occasion, mais elle est impossible à dire. De cet impossible Nelly Arcan a fait oeuvre de littérature.

Une lecture psychanalytique de ses textes nous conduira vers le thème des journées

49 de l’École de la Cause freudienne, « Femmes en psychanalyse ».

 

Vendredi 18 octobre à 20h au musée d'art contemporain ACMCM,

3 Av. de Grande Bretagne, 66000 Perpignan

Avec la participation de Cécile FAVREAU

psychanalyste, membre de l'ECF

1 Arcan N., Putain, Paris, Seuil, 2001. roman autobiographique.

2 Arcan N., Folle, Paris, Seuil, 2004. Sur le mode épistolaire

3 Arcan N., A ciel ouvert, Paris, Seuil, 2007.

4 Pour reprendre « cette curieuse expression » "de l’être là", comme la qualifie Jacques-Alain Miller lorsque Lacan la reprend au premier traducteur de Heidegger.

5 Arcan N., Paradis Clef en main, Montréal, Coups de tête, 2009.

6 Fortier I., Le poids des mots ou la matérialité du langage dans les mémoires d’un névropathe de Daniel Paul Schreber, mémoire de maîtrise présenté en Etudes littéraires, 2003.

7 Arcan N., Burqa de chair, Paris, Seuil, 2011. Recueil d’écrits.

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